Comment la filière Veau a réduit de plus de 50 % l’exposition des animaux aux antibiotiques en dix ans
-50,7 % : en dix ans, entre 2013 et 2024, le niveau d’exposition des veaux aux antibiotiques a été divisé par deux et le nombre de traitements par animal a reculé de 46.7 %.
Alors que l’antibiorésistance constitue un enjeu majeur de santé publique, la filière Veau dresse le bilan de plus de dix années de mobilisation et d’évolution de ses pratiques pour réduire le recours aux antibiotiques, tout en préservant la santé et le bien-être des animaux. Des progrès qui témoignent de l’évolution des pratiques visant à réduire les risques liés à l’antibiorésistance.
Au même titre que les actions menées pour soutenir la circularité du modèle de production et améliorer l’empreinte environnementale des élevages (économies d’énergie et d’eau, réduction et valorisation des déchets), l’utilisation raisonnée des antibiotiques constitue une priorité pour les professionnels de la filière Veau mobilisés en faveur d’une production plus responsable.
Visant à lutter contre l’antibiorésistance, considérée comme l’un des défis médicaux majeurs du XXIe siècle par l’Organisation mondiale de la Santé, cette mobilisation s’inscrit dans le cadre d’une approche « One Health » – « Une seule santé », qui repose sur une prise en compte conjointe de la santé humaine, de
la santé animale et de celle des écosystèmes.
Les derniers résultats de l’Observatoire Antibio Veaux témoignent du chemin parcouru :
- -50,7 % d’exposition aux antibiotiques depuis 2013
- -46,7 % de traitements antibiotiques par veau depuis 2013
- -22 % de jours de traitement par veau depuis 2016
Mais concrètement, comment réduire autant le recours aux antibiotiques sans renoncer à soigner les animaux lorsqu’ils en ont besoin ?
La réponse passe d’abord par la prévention. Dans les élevages, les pratiques ont progressivement évolué : renforcement de la biosécurité et de l’hygiène, maîtrise des conditions d’élevage, surveillance accrue des animaux, adaptation de l’alimentation, vaccination lorsqu’elle est pertinente ou encore recours à certaines médecines complémentaires.
L’objectif : agir en amont pour limiter l’apparition et la propagation des maladies et réserver les antibiotiques aux situations où ils sont réellement nécessaires.
10 ans de mobilisation de toute une filière
Parce que la maîtrise de l’usage des antibiotiques concerne l’ensemble de ses maillons, la filière Veau s’est dotée depuis septembre 2015 d’une Charte interprofessionnelle de bonne maîtrise sanitaire et de bon usage des traitements médicamenteux. Vétérinaires prescripteurs, éleveurs, entreprises d’intégration et organisations de producteurs : chaque acteur est impliqué par des engagements spécifiques.
• Les vétérinaires prescripteurs définissent notamment avec les éleveurs des plans personnalisés de réduction des antibiotiques, adaptent leurs prescriptions en fonction des pathologies, du poids des animaux et de la taille des élevages, et s’engagent à ne pas recourir à l’antibiothérapie préventive. Leur rôle s’inscrit dans le cadre d’un suivi sanitaire régulier de l’élevage, afin d’orienter les traitements vers les situations où ils sont réellement nécessaires.
• Au quotidien, les éleveurs se doivent d’assurer une observation attentive des animaux, de mettre en oeuvre les mesures de prévention personnalisées définies avec leur vétérinaire, de respecter strictement les prescriptions lorsqu’un traitement s’avère nécessaire et de veiller au respect du délai d’attente réglementaire avant leur départ à l’abattoir
• Les entreprises d’intégration et organisations de producteurs accompagnent quant à elles les élevages dans l’amélioration des conditions sanitaires : bâtiments, ambiance, hygiène, qualité de l’eau, suivi des animaux ou encore sélection des veaux nourrissons.
À savoir
Lorsqu’un traitement antibiotique est nécessaire, les éleveurs respectent obligatoirement un délai d’attente entre la dernière administration du médicament et le départ de l’animal à l’abattoir. Ce délai permet de s’assurer que la viande peut être consommée en toute sécurité
La Charte interprofessionnelle repose sur quatre outils complémentaires :
1 - L’Observatoire Antibio Veaux, mis en place depuis 2016 par l’Agence sanitaire (Anses), l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) et l’Institut de l’Élevage à la demande d’INTERBEV Veaux, pour suivre précisément l’évolution de l’usage des antibiotiques grâce à la collecte d’informations obtenues auprès d’une vingtaine d’élevages représentatifs.
Les résultats 2024 confirment les progrès réalisés : depuis 2013, le nombre de traitements antibiotiques par veau a diminué de 46,7 % et le niveau d’exposition aux antibiotiques de plus de 50 %. Le nombre de jours de traitement par veau a, quant à lui, reculé de 22 % depuis 2016.
2 - Des recommandations de bonnes pratiques d’utilisation des antibiotiques élaborées par la Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires (SNGTV) à destination des vétérinaires.
3 - Un guide des bonnes pratiques d’hygiène en élevage destiné aux éleveurs.
4 - Des formations proposées aux éleveurs et aux techniciens intervenant dans les élevages de veaux de boucherie.
Une dynamique qui se poursuit également du côté de la recherche et de l’innovation, notamment avec le CIRVEAU, centre unique en Europe dédié à l’innovation et à la recherche sur le veau.
Implantée à Mauron, en Bretagne, cette étable expérimentale collective accueille depuis 2023 des programmes portant sur la santé, l’alimentation, le bien-être animal et l’environnement.
Soutenu par le Plan de Relance France 2030, le CIRVEAU teste de nouvelles pratiques d’élevage, en mesure les effets et produit des références destinées aux professionnels. Un outil supplémentaire pour poursuivre la transformation de la filière Veau et préparer les pratiques de demain.
Prévenir plutôt que guérir : des pratiques qui évoluent
Pour limiter le recours aux antibiotiques sans compromettre la santé des animaux, la filière agit d’abord sur la prévention.
Biosécurité et hygiène, conditions d’élevage (densité, ventilation maîtrisée…), composition de l’alimentation (intégration d’aliments fibreux), surveillance des animaux, recours à des médecines complémentaires (huiles essentielles, probiotiques, argiles…), ou encore vaccination lorsqu’elle est pertinente : autant de leviers activés en amont pour limiter l’apparition et la diffusion des maladies.
Concernant la biosécurité, la filière dispose de SECURIVO, un outil d’autodiagnostic qui permet aux éleveurs d’évaluer le niveau de biosécurité de leur exploitation et d’accéder à des fiches pratiques, rappelant l’ensemble des mesures recommandées ou obligatoires.
Source : Interbev