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Journée mondiale des toilettes : comment la bio redécouvre une ressource oubliée

A l’occasion de la Journée mondiale des toilettes mercredi 19 novembre, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) et le Réseau de l’Assainissement Écologique (RAE) rappellent le formidable potentiel de nos excrétas : une ressource naturelle riche en nutriments, capable de nourrir les sols et d’alimenter le développement d’une agriculture biologique, locale et résiliente.

Chaque jour, nous tirons la chasse sur un trésor : notre urine et nos matières fécales, riches en nutriments essentiels pour les plantes sont perdues alors qu’elles pourraient nourrir les sols. Pourtant, partout en France, des projets se développent pour expérimenter de nouvelles façons de recycler nos excrétats. Leur valorisation agricole représente une formidable opportunité d’innovation et de relocalisation des activités, au service des territoires.

 

« Les agriculteurs bio savent que tout vient du sol et que tout doit y retourner : valoriser nos excrétas, c’est simplement aller au bout de cette logique. Et ce n’est pas une idée marginale : lors de notre consultation en 2024, plus de 80 % des producteurs bio ont dit être prêts à utiliser des fertilisants issus d’excrétats humains. Cela montre bien que la profession est ouverte et prête à faire avancer cette nouvelle filière. » explique Olivier Chaloche, co-président de la FNAB. 

 

Du tout-à-l’égout au tout-à-la-terre

Nos excrétas, riches en azote, phosphore et potassium, constituent une ressource naturelle aujourd’hui largement gaspillée. Leur recyclage permet de boucler les cycles des nutriments, de restaurer la fertilité des sols et de relocaliser la production de matières fertilisantes, aujourd’hui massivement importées. Pour l’agriculture biologique, confrontée à une diminution des élevages et donc des apports organiques disponibles, ils représentent une opportunité stratégique pour sécuriser la fertilité à l’échelle des territoires. En valorisant les excrétas, on réduit aussi la pression sur la ressource en eau, les besoins en traitement des eaux usées et les pollutions associées. Cette approche allège l’empreinte environnementale de l’assainissement tout en renforçant la résilience alimentaire locale. Considérer nos excrétas comme une ressource plutôt qu’un déchet ouvre une voie cohérente, écologique et innovante pour les territoires.

 

Inauguration d’Ehotil à Marseille

Par exemple, à Yèvre-la-Ville, le maraîcher bio Simon Ronceray expérimente l’usage d’urine humaine collectée via une AMAP francilienne pour fertiliser haies et couverts végétaux, avec l’appui d’un laboratoire de recherche. Dans la Drôme, Factopi, dirigé par Emy Cretegny, met en place un service local de collecte d’urine dans les écoles, bureaux ou sites touristiques, pour la transformer en fertilisant durable. À Marseille enfin, l’entreprise Ehotil, co-fondée par Stéphane de Lacroix de Lavalette, développe un procédé innovant pour produire un engrais à très faible impact environnemental à partir de cette ressource encore largement sous-valorisée. Ces projets ouvrent la voie à une agriculture plus circulaire, locale et résolument tournée vers l’avenir. (Contacts des porteurs de projets à la fin de ce document.) 

 

« Repenser la gestion de nos excrétas, c’est renforcer la résilience et la souveraineté de nos territoires : l’azote que nous produisons naturellement pourrait couvrir jusqu’à 40 % des besoins agricoles dans un système plus sobre. Ces nouvelles filières retissent des liens entre villes et campagnes et redonnent à chacun — citoyens, collectivités, agriculteurs — un rôle concret dans notre alimentation » explique Caroline Lefebvre, coordinatrice du Réseau de l’Assainissement Écologique (RAE)

 

 

 

Pour changer d’échelle, la FNAB et le RAE appellent l’État à soutenir la création de filières locales de collecte et de valorisation, adapter le cadre réglementaire et sanitaire, et soutenir les collectivités dans la mutation de leur système d’assainissement.

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