L'information élevage par l'Alliance Pastorale

Printemps, surveillons le parasitisme

Situation sanitaire Mai/juin 2026

Un tiers des autopsies réalisées par le laboratoire du Pôle Santé Animale ces dernières semaines ont conclu à une cause parasitaire liée au pâturage. Rien de surprenant, mais néanmoins situation regrettable tellement la période du printemps est connue pour être celle de tous les dangers concernant le parasitisme, et donc celle où la surveillance de celui-ci au pâturage doit être particulièrement soutenue.

Cf Bulletin N°977 - Juin 2026

La mise au pré d’agneaux sans immunité contre les strongles et le ténia, l’alternance des averses de pluie et des températures clémentes, l’augmentation progressive du chargement au pâturage sont autant de facteurs de risque du parasitisme et de ses conséquences néfastes sur la production et la santé du troupeau. Ainsi, n’hésitons pas à cette période à avoir régulièrement recours aux analyses coproscopiques afin de suivre l’évolution du parasitisme du troupeau et intervenir avant qu’il ne soit trop tard et que les mortalités apparaissent. Pour cela, rien de bien difficile. Prélevez des fèces sur 5 ou 6 animaux dans chaque lot, de préférence directement dans le rectum ; il est également possible de les prélever au sol juste après avoir vu les animaux déféquer. Cette précaution évite de prélever des crottes d’agneaux pour celles de brebis, et vice-versa, sachant que les risques parasitaires et l’interprétation des résultats des analyses ne sont pas les mêmes selon la catégorie d’âge. 


Il est important d’ensacher individuellement chacun de ces 5 ou 6 prélèvements et de les transmettre ainsi au laboratoire, afin de laisser celui-ci faire l’éventuel mélange. Cela permettra de garantir la représentativité de l’échantillon final analysé, et ainsi de rendre le résultat plus fiable et l’interprétation plus pertinente. N’oublions pas également, pour faciliter cette interprétation entre le technicien ou le vétérinaire et l’éleveur, de transmettre avec les prélèvements les commémoratifs concernant les animaux : catégorie, âge, conduite d’élevage, état corporel, signes cliniques éventuels, date et type du dernier traitement, etc…  


Si, comme de nombreuses analyses récentes le montrent, le ténia est mis en évidence sur les agneaux, il ne faut pas attendre trop longtemps pour s’en préoccuper. 

En effet, les jeunes animaux se contaminent dès les premiers brins d’herbe ingérés, en avalant un acarien, l’oribate, qui est l’hôte intermédiaire du parasite. Cet oribate pullule sur les prés (jusqu’à 25000 par m² de pâture), où sa longévité peut atteindre 18 mois. Il est donc présent dès la mise à l’herbe et les agneaux en ingèrent rapidement des centaines, dont certains sont porteurs de larves infestantes de ténia. 

Après ingestion et déglutition par l’agneau, ces larves vont se fixer dans son intestin grêle et se développer en ténia adulte. Les premiers signes cliniques apparaissent alors rapidement, liés au détournement alimentaire occasionné, aux toxines libérées par les ténias et à la gêne mécanique qu’ils occasionnent lorsqu’ils sont présents en grand nombre dans le tube digestif. 

C’est d’ailleurs ce nombre souvent important qui, si l’on attend trop longtemps avant d’intervenir, va diminuer l’efficacité du praziquantel, molécule médicamenteuse utilisée spécifiquement et classiquement contre ce parasite. La molécule pénétrant dans le ténia par son tégument, plus le nombre de ténias est important, plus la surface de tégument est élevée, et moins la quantité disponible de praziquantel sera importante pour chaque ténia, avec pour conséquence une efficacité décevante. Dans les élevages habituellement touchés par ce parasitisme, n’hésitez donc pas à prévenir les symptômes du ténia à partir de 4 à 5 semaines de pâturage des agneaux (ou de consommation significative d’herbe pour ceux nés au pré). A noter qu’en cas de traitement trop tardif, sur des agneaux très fortement parasités, un premier traitement à l’oxyclozanide peut permettre de diminuer la masse des ténias intestinaux et favoriser l’efficacité du traitement praziquantel à suivre.


Parmi les causes parasitaires responsables de mortalité et identifiées dans nos récentes autopsie, on retrouve des infestations par les strongles hématophages de la caillette. Moins habituelles à cette période qu’en plein été orageux, ces infestations et leurs conséquences souvent fatales sont consécutives à une sortie d’hypobiose des larves de strongles, qui ont passé l’hiver en dormance dans la muqueuse digestive et se réveillent à la faveur des premières douceurs du printemps ou d’un stress quelconque. Là encore, ne nous laissons pas surprendre et intervenons avec des molécules efficaces (lactones macrocycliques, monépantel) sur ces strongles hématophages dès les premiers signes de faiblesse des animaux, associés à une anémie et/ou un œdème sous la mâchoire inférieure, communément appelé « signe de la bouteille ». Un traitement concomitant de l’anémie est également le bienvenu chez ces animaux (fer, vitamine B12, cobalt). 


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