- Par Maya Diehl
Intoxication par le Fusain d’Europe (Euonymus europaeus L.)
Le fusain d’Europe est aussi connu sous le nom de Bois carré et de Bonnet d’évêque. Présent naturellement en Europe jusque dans l’Ouest de l’Asie, cet arbuste pousse spontanément dans de nombreux milieux naturels aux sols riches en humus tels que forêts, lisières, haies et bosquets par exemple. Le fusain a également été sélectionné en horticulture pour une utilisation dans les jardins en tant qu’ornement de haie ou en sujet solitaire.
Son bois dense et dur était utilisé pour fabriquer notamment des fuseaux de filage et des aiguilles à tricoter. Les fruits entraient dans la fabrication de colorants pour le travail des peaux en maroquinerie. Son utilisation actuelle est bien connue des artistes : le bois des rameaux, une fois carbonisé dans un environnement dépourvu d’oxygène, permet d’obtenir des bâtons donnant un dessin au grain fin (« dessin au fusain »).
Le fusain a connu un usage en médecine humaine, depuis abandonné en raison de son risque de toxicité : les feuilles et l’écorce étaient employées en décoction externe contre la gale et les poux, et les arilles comme émétique (= vomitif) et purgatif (purge dès 3 à 4 baies chez l’adulte, une baie chez l’enfant).
Le fusain développe des tiges dressées, glabres, de section quadrangulaire pour atteindre une taille entre 2 et 5 à 6 mètres de haut. Les feuilles caduques sont opposées, allongées, de forme lancéolée à elliptique, et quasi dépourvues de pétiole (quasi sessile). Elles présentent une face supérieure verte alors que la face inférieure est plus claire, et virent au jaune – rouge en automne. Leur bord est dentelé.
Les fleurs blanches verdâtres de moins d’un cm de diamètre apparaissent en avril – mai. Formées de 4 pétales minuscules, elles sont regroupées en cyme (= inflorescence comportant un axe principal et des ramifications). Les fruits typiques sont formés de 4 lobes roses qui s’entrouvrent en août pour révéler chacun leur arille rouge - orange vif contenant chacune une graine .
Toutes les parties de l’arbuste sont toxiques, même si les graines le sont particulièrement.
Le fusain contient des alcaloïdes (évonymine notamment), ainsi que la digitoxigénine (hétéroside cardiotonique).
L’intoxication apparaît avec retard, la sévérité des symptômes dépendant de la quantité consommée :
- lors d’ingestion de l’arille : chez l’homme et le chien.
- lors de consommation des feuilles, voire de l’écorce, chez les ruminants (surtout ovins et caprins) et les équins.
Les symptômes dépendent de l’organe touché :
- symptômes digestifs : diarrhée voire diarrhée hémorragique, colique avec constipation chez les équins.
- symptômes cardiaques : convulsions avec tachycardie conduisant à de l’abattement voire une syncope. Mortalité possible.
Chez l’humain, l’intoxication se révèle de 8 à 15 heures après consommation des baies : elle implique une irritation digestive importante, avec spasmes, vomissements et diarrhée hémorragique. Fièvre, vertiges, mydriase (= dilatation de la pupille) accompagnent les troubles digestifs. Des troubles cardiaques et circulatoires peuvent conduire à un collapsus. L’ingestion est mortelle dès 30 baies chez l’adulte.
Diagnostic :
- par l’anamnèse, la présence de fusain dans la pâture.
- par autopsie : gastro-entérite éventuellement hémorragique.
Prévention :
• Supprimer l’accès aux haies et sous-bois par clôture permanente ou temporaire (électrique).
• Limiter le temps de pâturage sur des parcelles contenant la plante en cas de sécheresse et de disette, pour éviter le contact avec l’arbuste.
• En randonnée, ne pas laisser les équins consommer du fusain !
• Attention lors de la manipulation de l’arbuste dans les jardins, lors de la plantation et de la taille ainsi qu’en cas de cueillette. Évitez le contact des enfants avec les baies !