- Par AP
Et ma laine, j’en fais quoi ?
La laine de mouton, longtemps considérée comme un matériau essentiel dans le textile, occupe une place paradoxale en France. Bien que le pays compte un important cheptel ovin, la laine française fait face à des défis économiques et organisationnels qui limitent son potentiel.
Pourquoi récolter la laine des moutons ?
La tonte des moutons est une étape indispensable pour le bien-être animal. Les moutons ne perdent pas naturellement leur laine. Si elle n’est pas récoltée, la toison continue de croître, ce qui peut entraîner des problèmes comme des infections cutanées, une surchauffe et une entrave aux mouvements.
Pourquoi les laines de moutons en France ne rapportent plus ?
La laine constitue un sous-produit valorisable qui peut être transformé en textile, matériau d’isolation ou produit technique. C’est une fibre naturelle, biodégradable et renouvelable, ce qui en fait une alternative écologique aux fibres synthétiques issues du pétrole.
Malgré ses qualités, la laine française est largement sous-valorisée. Plusieurs raisons expliquent ce déclin :
- Compétition internationale : Les pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, grands producteurs de laine mérinos, proposent des fibres plus fines et mieux adaptées au textile haut de gamme, à des prix compétitifs.
- Coûts de production élevés : En France, la tonte est coûteuse à cause de la main-d’œuvre qualifiée rare et des frais logistiques. Aujourd’hui, la vente de la laine ne permet pas de couvrir le prix payé par l’éleveur aux tondeurs professionnels.
- Perte d’intérêt du marché : L’essor des fibres synthétiques, moins chères et plus faciles à produire, a réduit la demande pour les laines naturelles.
Quel est le règlement européen concernant la laine ?
La laine brute est classée comme un sous-produit animal de catégorie 3 par le Règlement (CE) n° 1069/2009. Ce statut impose :
- Des normes sanitaires strictes : La laine brute doit être manipulée pour éviter tout risque de propagation de maladies.
- Des procédures de suivi : Un encadrement strict concerne le stockage, le transport et la transformation.
- Un impact sur les coûts : Les éleveurs doivent se conformer à ces obligations, ce qui augmente les coûts de gestion et de transformation.
Qui achète la laine ?
- Artisans locaux :
Ils valorisent les laines pour des projets écologiques ou artisanaux, comme des textiles faits main ou des matériaux d’isolation. La fabrication des matelas en laine est un exemple emblématique.
En France, il existe encore une trentaine de manufactures spécialisées dans la conception artisanale de matelas en laine. Ce marché de niche représente une alternative durable à la literie industrielle. La laine offre des bienfaits significatifs pour la santé : elle régule naturellement l’humidité, favorise un sommeil réparateur grâce à ses propriétés thermorégulatrices, et limite les allergènes.
- Matériaux d’isolation :
La laine est de plus en plus utilisée comme isolant thermique et acoustique. Ses fibres emprisonnent l’air, ce qui en fait un excellent régulateur de température. Des produits comme les rouleaux ou les panneaux isolants en laine offrent une solution écologique pour les bâtiments.
- Industries spécialisées :
Certaines entreprises utilisent la laine pour ses qualités thermiques dans des applications techniques.
- À l’étranger :
- La Chine et l’Inde achètent de la laine brute pour la transformer, grâce à des coûts de main-d’œuvre plus faibles.
- Les marques européennes haut de gamme intègrent la laine française dans leurs collections lorsqu’elle répond à des critères de qualité.
Qualité et principaux défauts de la laine de France
La laine française est hétérogène en fonction des races ovines. Elle présente des atouts et des limites.
Points forts :
- Bonne résistance pour des usages techniques (isolation, feutre).
- Variété des textures permettant des usages diversifiés.
Défauts :
- Finesse généralement inférieure à celle des laines mérinos.
- Contamination par des matières végétales, ce qui complique la transformation.
- Standardisation insuffisante, rendant la commercialisation difficile.
Pourquoi la laine est-elle hétérogène en fonction des races ?
La diversité des races ovines en France entraîne une grande variabilité dans les caractéristiques des toisons.
Certaines races, comme le Mérinos d’Arles, produisent une laine fine et douce adaptée aux textiles haut de gamme, tandis que d’autres, comme le mouton Bleu du Maine, offrent une fibre plus grossière, idéale pour l’isolation ou le feutre.
Les races ont été historiquement sélectionnées pour leur production de viande, de lait ou de laine, ce qui explique la diversité des toisons. Par exemple, les races laitières produisent souvent une laine de qualité inférieure en termes de finesse. Le climat, l’alimentation et les conditions de vie influencent la qualité de la fibre. Les moutons élevés dans des régions sèches auront souvent une laine plus propre que ceux évoluant dans des environnements humides et boueux.
Les pratiques d’élevage jouent un rôle crucial. Une alimentation riche et équilibrée, ainsi qu’un soin approprié, peuvent améliorer la qualité de la laine, mais ces pratiques varient d’un éleveur à l’autre.

Que faire de sa laine si elle ne peut être vendue ?
Si les débouchés commerciaux sont limités, la laine de mouton pourrait être utilisée de manière utile et créative :
- Isolation domestique : Même à petite échelle, la laine peut servir d’isolant thermique et acoustique pour des projets personnels, comme isoler un grenier ou un mur.
- Amendement agricole : La laine non transformée peut être utilisée comme compost ou paillis dans les jardins. Riche en azote, elle favorise la croissance des plantes et améliore la structure du sol. Il existe aujourd’hui une gamme d’engrais organiques bio à base de laine de mouton sous forme de pellets.
- Artisanat et loisirs créatifs : La laine peut être cardée, filée ou feutrée pour réaliser des objets décoratifs, des vêtements ou des accessoires.
- Matelas ou coussins : Les éleveurs peuvent envisager de transformer leur laine en literie artisanale pour un usage personnel ou local.
- Projets éducatifs : La laine peut être donnée à des écoles ou des associations pour des ateliers pédagogiques sur les fibres naturelles et le recyclage.
Malheureusement, la réglementation ne donne pas droit à l’éleveur de l’utiliser sous quelque forme que ce soit, si elle est brute. Il n’a pas le droit non plus de l’apporter en déchetterie, de la brûler ou de l’enterrer.
Recommandations pour améliorer la qualité de la laine
La nouvelle génération est plus attentive aux ressources biodégradable et pourrait bien faire remonter à moyen terme, les revenus tirés de la laine. Ainsi, quelles seraient les recommandations pour obtenir un produit plus valorisable ?
- Par la sélection génétique : promouvoir les races produisant des toisons de meilleure qualité tout en conservant les aptitudes bouchères.
- Gestion adaptée des troupeaux : Offrir une alimentation équilibrée et un environnement propre pour limiter les impuretés dans les toisons.
- Sensibiliser les éleveurs aux techniques de tri et de nettoyage directement à la ferme pour améliorer la qualité des lots.
Organisation pour préparer le chantier de tonte
Planification collaborative :
- Les éleveurs peuvent mutualiser leurs efforts au sein de coopératives pour réduire les coûts.
- Prévoir un calendrier en fonction des conditions climatiques et des besoins de l’animal.
Optimisation de la tonte :
- Formation de tondeurs : Investir dans la formation professionnelle pour améliorer la qualité et l’efficacité de la tonte.
- Matériel spécialisé : Utiliser des équipements modernes pour assurer une tonte rapide et sans stress.
Cas particulier de la tonte des chèvres angoras, des alpagas et des lamas
Chèvres angora
Ces animaux produisent du mohair, une fibre prisée pour sa douceur. La tonte doit avoir lieu deux fois par an pour préserver la qualité.
Alpagas et lamas
Leur fibre, plus rare, nécessite une tonte annuelle. Une séparation minutieuse des toisons est essentielle pour valoriser les différents grades de qualité.
La laine de mouton en France constitue un potentiel économique et écologique sous-exploité. En investissant dans la qualité, en adaptant les pratiques et en renforçant les circuits de valorisation locaux, il est possible de redonner à cette fibre naturelle la place qu’elle mérite sur le marché national et international.
