Les strongyloses gastro-intestinales des ovins : rappels et gestion au pâturage

La sensibilité des petits ruminants au parasitisme, en particulier aux strongyloses digestives est beaucoup plus importante que celle des bovins. Le coût des pertes d’animaux, de la diminution des performances et des traitements a un impact majeur pour beaucoup d’élevages en conduite à l’herbe.

Les strongyloses gastro-intestinales des ovins :  rappels et  gestion au pâturage

Les affections liées aux strongles gastro-intestinaux chez les ruminants relèvent le plus souvent d’un parasitisme multi-espèces présentes à différents étages du tube digestif.

La fréquence et la proportion des différents strongles sur les pâtures varient selon les régions et chaque exploitation.




Le cycle biologique des parasites permet de comprendre les modes de contamination, leur développement dans leur hôte et permet d’envisager les mesures de lutte.


Durée totale du cycle : 

minimum 15 jours ; maximum 40 jours selon les espèces


Phase externe du cycle * :

- les œufs embryonnés et les L3 sont les formes de résistances ;

- les deux pics de L3 sur les pâtures se situent en fin de printemps et à l’automne, saisons qui correspondent aux conditions favorables d’humidité et de température ;

- un froid prolongé peut faire diminuer la population de L3 sur les prés et la sécheresse limite leur développement


Phase interne du cycle *:

- certains strongles digestifs la réalisent à la surface de la muqueuse, d’autres en réalisent une partie dans cette muqueuse entraînant des lésions importantes ;

- les L3 donnent des adultes en quelques semaines sauf si elles subissent une diapause (ou hypobiose) en hiver ; elles recommencent alors leur développement en fin d’hiver.


La charge parasitaire dépend du nombre de larves ingérées mais aussi de l’immunité des animaux par rapport aux parasites (race, variations individuelles, âge, stade physiologique). L’acquisition de l’immunité est progressive (5 à 7 mois) et complètement efficace qu’après une exposition prolongée aux parasites.


Les conséquences principales des infestations par les SGI sont un détournement des nutriments et une malaborption intestinale, des lésions de la muqueuse de la caillette avec augmentation du pH, fuites protéiques et saignements. Cela va se traduire par : 

- une diminution de l’appétit et un tri des aliments ; 

- une diminution des performances : amaigrissement, chute du lait, croissance ralentie, infertilité, saisies pour cachexie, mortalités ;

- un risque accru de développer des infections ;

Les conséquences seront d’autant plus visibles que les animaux sont sous nourris et s’ils sont poly-parasités (différents SGI, autres parasites- ténia, douves, paramphistomes).


Quand suspecter une strongylose digestive chez les ovins ?

Les facteurs de risques sont :

- l’augmentation de la densité larvaire sur les pâtures à partir de mai avec un pic en juillet ;

- un printemps et/ou un automne tempérés et humides, si pluies après sécheresse en été ;

- le surpâturage et la sous-nutrition (augmente la réceptivité des animaux, en particulier les carences en vitamine A et en protéines) ;

- le mélange d’animaux d’âge différents (recyclage plus rapide des parasites par les jeunes) ou agnelages au pré (excrétion plus importante d’œufs par les brebis autour de l’agnelage).

      

Les tableaux cliniques présentent

- des signes généraux

  • Chez les adultes, une perte d’état, une diminution de productivité (fertilité, lactation), de la diarrhée, des anémies. 
  • Chez les jeunes, un ralentissement de la croissance, une diarrhée simultanée sur plusieurs animaux, des mortalités.

- des signes spécifiques pour certaines strongyloses

  • Téladorsagiose : aiguë sur les jeunes de la fin de printemps à octobre avec diarrhée et perte de poids ; subaiguë sur les plus âgés, au pâturage ou en bergerie en fin d’hiver (levée d’hypobiose) avec diarrhée et mortalité possible sur les animaux de l’année précédente
  • Nématodirose : entre début mai et fin juin, diarrhée abondante, coliques, soif, amaigrissement ; jusqu’à 30% des agneaux peuvent être atteints
  • Chabertiose : météorisation, malabsorption et maldigestion, entérite chronique avec parfois diarrhée noirâtre striée de sang


FOCUS SUR L’HAEMONCHOSE,
LA STRONGYLOSE D’ÉTÉ CHEZ LES OVINS

Haemonchus est visible à l’oeil nu dans la caillette :
Il mesure de 15 à 35 mm de long et présente un tube digestif rougeâtre.

Son cycle de développement est particulièrement rapide quand les températures atteignent 22/25°C.

Les larves L4 et L5 sont hématophages.

Les femelles adultes sont particulièrement prolifiques : elles pondent 5 à 10 millions d’œufs par jour et un ovin peut excréter 15 à 30 millions d’œufs par jour .

L’infestation des pâtures est favorisée par des agnelages au champ en l’absence de traitement avant mise bas (parturiente rise), un long séjour sur une même parcelle du couple mère/agneau, le sevrage des agneaux (stress).

HAEMONCHOSE : de juin à septembre le plus souvent ou après un épisode de sécheresse, sur les agneaux puis sur les adultes.

La forme suraiguë se traduit par des mortalités sans signes préalables lors de déplacements forcés si l’infestation est massive.

La forme subaiguë se traduit par une anémie intense (pâleur des muqueuses), fuite protéique (œdème sous-glossien), une perte d’appétit, la prostration puis la mort.

Ces signes cliniques résultent d’une gastrite irritative (lésions par les pièces buccales des larves) et une spoliation sanguine importante (hématophagie), les pertes pouvant être de 150 à 200 ml de sang par jour en cas d’infestation importante.


Conduite à tenir  lors d’une suspicion

      

D’abord confirmer la suspicion

- avec des autopsies si des animaux sont morts (idéalement dans les 12 h) :  les strongles gastro-intestinaux sont pour la plupart visibles à l’oeil nu en surface de la muqueuse digestive

- avec des analyses de fèces

  • par coproscopie : mise en évidence des œufs sans différencier les espèces de strongles (sauf Nématodirus) ; l’interprétation relative de l’excrétion par rapport à l’infestation doit être modulée par l’âge des animaux et leur stade physiologique
  • par coproculture : on fait évoluer les œufs en L3 pour identifier les parasites (recommandée en cas d’échec de traitement)

- avec des analyses d’herbe (récolte, identification L3)

    

Puis faire un traitement adapté    

- au(x) parasite(s) : hématophages ou non, larves en hypobiose, en fonction de la saison

- à la conduite : retour au pâturage après traitement et gestion du pâturage (limiter les ré-infestations avec des molécules rémanentes si retour inévitable sur des prés infestés) ou entrée en bergerie (traitement à action immédiate seule). Les formes « longue action » doivent être réservées aux troupeaux ou aux lots pour lesquels l’impact sur la santé des strongyloses digestives est très important ou si les pâtures sont très infestées. Leur utilisation ne doit pas se répéter d’une année sur l’autre car le contact prolongé avec la molécule favorise l’acquisition de résistances par les strongles.

- en fonction des résistances connues aux antiparasitaires sur l’exploitation

- en fonction de la sensibilité des animaux : plutôt les agneaux et les brebis en fin de gestation

- en fonction de la résilience de certains animaux : les animaux qui sont toujours en bon état quelque soit l’infestation parasitaire (hors massive) peuvent ne pas être traités systématiquement (animaux refuges).



L’apparition des résistances des strongles gastro-intestinaux aux anthelminthiques et l’évolution du regard sur l’utilisation de ces molécules (plan ECO-ANTIOBIO 3) vont obliger les éleveurs à revoir leur manière de gérer ces parasites. 


Une gestion globale en connaissance du risque et en privilégiant la prévention doit permettre de maîtriser ces parasitoses et de réduire leur impact zootechnique et économique au sein des exploitations.



La prévention contre les strongyloses gastro-intestinales passe par :

Une bonne gestion des pâtures : 

  • La mise au repos prolongé (plusieurs mois) d’une parcelle permet une décontamination partielle
  • Réserver les prairies saines (nouvelles, fauchées, cultures) aux agneaux 
  • Eviter le surpâturage (herbe trop rase = forte ingestion de larves)
  • Limiter le chargement
  • L’implantation d’une flore variée comprenant des plantes bioactives par rapport aux parasites


  Un bon entretien des animaux : 

Il s’agit certes d’une alimentation suffisante mais aussi équilibrée (apports en protéines) et de qualité (améliore l’immunité, améliore la résistance et compense en partie les malaborptions).

La sous-nutrition augmente la sensibilité des animaux aux infestations parasitaires.    


  Un bon calendrier de traitements : 

  • les animaux les plus sensibles et les plus excréteurs (stress) sont les brebis avant l’agnelage et les agneaux, en particulier après le sevrage : pour limiter l’ensemencement des pâtures, il est important de positionner un traitement environ un mois avant l’agnelage et deux semaines avant sevrage.
  • à l’entrée en bergerie, un traitement antiparasitaire complet permet aux animaux de mieux valoriser leur ration et d’éviter une éventuelle téladorsagiose de type 2 en fin d’hiver.


  En respectant quelques règles

  • Après un traitement, il faut éviter de changer de pré tout de suite pour ne pas ensemencer les prairies avec des parasites résistants.
  • Mettre de préférence les agneaux sevrés sur des prairies « saines » : repousses de fauches, de cultures pour retarder les ré-infestations ; ne pas hésiter à les rentrer en bergerie en cas de pénurie d’herbe.
  • Alterner les familles d’anthelminthiques


  En se tournant vers des races connues pour leur résistance génétique aux strongles gastro-intestinaux ou pour lesquelles un travail de sélection a été effectué en ce sens.