Myopathie équine - Shivering = shivers

Dans cet article, nous aborderons la troisième pathologie* des équins à l’herbe, au pronostic sombre, dont l’origine reste encore mal connue. 

* Myoglobinurie atypique et Équine grass sickness ont été abordées dans le Bulletin de l’Alliance Pastorale N°957 - Septembre 2024


Myopathie équine - Shivering = shivers

Shivering = shivers

De l’anglais to shiver traduisible par frissonner, cette pathologie consiste en une affection neuromusculaire chronique, dégénérative et progressive, avec typiquement une démarche anormale lors du reculer : elle apparaît chez les équins dès 2 à 5 ans, en majorité vers 7 ans d’âge, avec une aggravation progressive des symptômes. Les chevaux de grande race, les chevaux de trait et les Warmbloods semblent plus fréquemment touchés. Il se pourrait également qu’il y ait une composante héréditaire ou génétique à la maladie au vu de la prédisposition de race. A noter que la maladie est jusqu’à 3 fois plus diagnostiquée chez les mâles que les femelles.

L’origine de la maladie semble se situer au niveau du cervelet : les neurones de cette zone jouent un rôle important dans la modulation et le contrôle fin des mouvements des membres, notamment chez les équins, les mouvements appris comme le reculer et le fait de donner le sabot. Le cervelet gère également la coordination et l’équilibre. Les lésions affectent en premier lieu la voie neurologique qui régule les mouvements lents du reculer, ce qui explique pourquoi les mouvements rapides en avant restent normaux au début de la maladie. Dans le cas du shivering, il s’agirait spécifiquement d’une dégénérescence des axones des cellules de Purkinje : au lieu de fonctionner de façon différenciée, les groupes de muscles extenseurs et flexeurs sont mobilisés en même temps, provoquant tremblements et spasmes. Les signes cliniques sont plus visibles sur des voltes serrées, ou après une période de repos, de stress ou d’excitation.

Même si plusieurs équins pâturant sur la même parcelle peuvent être atteints, cette forme de myopathie n’est pas contagieuse.

Quels sont les symptômes ?

1. Premiers symptômes typiques : 

Attention, ils peuvent être intermittents au début de la maladie, et concerner un ou les deux membres postérieurs !

- Tremblements des membres postérieurs lors du reculer, réticence du cheval à reculer.

- Difficulté à soulever le postérieur et donner le sabot : hyperflexion du membre pour un certain temps en réponse à la demande.

- Parfois frémissement des oreilles et paupières, et oscillation de la tête au soulever.

- La queue se dresse et s’élève lors de ses mouvements.

- Parfois transpiration excessive.


2. Symptômes apparaissant par la suite :

- Mouvements anormaux des postérieurs lors du reculer ou de déplacements latéraux brusques : les membres se soulèvent et s’écartent du corps.

- Au reculer, les membres se retrouvent en extension en chevalet ou allongés (hyperextension du jarret et du grasset).

- Après un épisode de tremblement, le membre postérieur s’étend vers l’extérieur puis le pied tombe au sol.


3. Symptômes apparaissant dans les cas avancés graves :

- Tremblements des membres lors des mouvements en avant.

- Spasmes, hyperflexion et hyperextension des membres postérieurs.

- Atrophie musculaire avec faiblesse progressive de l’arrière-train.

- Position anormale au repos, en hyperflexion avec membres postérieurs campés plus en arrière que la normale.

- Lors des phases de sommeil, le cheval atteint peut trébucher et/ou tomber  -->  contusions et blessures notamment sur les boulets et les genoux.

Comment le diagnostiquer ?

Par l’examen neurologique et de la boiterie :

- Difficulté ou impossibilité pour le cheval de reculer.

- Difficulté ou impossibilité de donner le pied (membre soulevé et fléchi).

- Hyperflexion des membres postérieurs en mouvement.

- Atrophie musculaire de la cuisse voire de l’arrière-train.

Le traitement 

Il n’existe malheureusement aucun traitement direct de la maladie : il est symptomatique et consiste à soutenir l’équin malade pour améliorer le confort et freiner la progression de la pathologie. 

- Maintien de l’activité physique pour limiter la fonte musculaire et ralentir la progression des signes cliniques.

- Physiothérapie.

- Alimentation équilibrée, supplémentation en acides aminés, vitamines et oligoéléments.

Pronostic 

Selon le grade et l’évolution de la pathologie, certains chevaux atteints peuvent continuer à être montés, voire même participer à des compétitions pendant parfois plusieurs années. La progression de la maladie est variable selon les individus. Il est préférable de réorienter les chevaux de dressage et d’attelage vers une pratique n’impliquant pas de reculer.

Mais par la suite avec la progression de la maladie, la mise à la retraite anticipée des animaux s’avérera indispensable. Lorsque le cas devient trop grave, l’euthanasie peut s’avérer la seule solution pour limiter les souffrances de l’animal.


Plus d’informations sont disponibles dans le cadre des travaux de recherche conduits par les Drs SJ Valberg, A Armien, JD Baird, de la Michigan State University.