Spécial écornage

Pourquoi écorner ?

Pour des raisons de sécurité :

• pour l’éleveur, 

• pour l’animal lui-même : risques de rester coincé dans un râtelier, au cornadis, dans une clôture…

• pour les autres animaux en raison des risques de blessures provoquées par les coups de cornes : hernies abdominales, plaies mamelles, fractures, etc…

• pour le matériel, la présence de cornes étant un facteur de risque pour la survenue de dégâts sur les matériels.


Pour une gestion facilitée du logement : l’animal cornu a besoin de plus d’espace au niveau des râteliers pour se nourrir, des aires de couchage et d’exercice, ou encore lors du transport.


A noter que l’absence de cornes chez tous les sujets d’un troupeau ne semble pas altérer les réactions sociales à partir du moment où les animaux ont été écornés à la naissance, avant même l’établissement d’une hiérarchie sociale. C’est une première raison pour pratiquer l’écornage dès le plus jeune âge.


Spécial écornage

Quelle réglementation ?

L’écornage est abordé réglementairement dans la Recommandation du Conseil de l’Europe du 21 octobre 1988, qui traite uniquement du cas des bovins. Ce texte n’autorise l’écornage des adultes et des animaux de plus de 4 semaines que dans le cadre d’une ablation chirurgicale réalisée sous anesthésie et par un vétérinaire. L’écornage des jeunes avant l’âge de 4 semaines peut être réalisé sans anesthésie, néanmoins l’intervention doit être « pratiquée de façon à éviter toute douleur ou angoisse inutile ou prolongée », et « effectuée par une personne expérimentée ».

La Charte des Bonnes Pratiques d’Élevage, dans son chapitre « Hygiène et bien-être », précise que pour limiter le stress des animaux et assurer la sécurité des intervenants, l’éleveur doit privilégier l’ébourgeonnage des jeunes, en utilisant les méthodes préconisées pour limiter leur stress. Deuxième raison pour pratiquer cette intervention le plus tôt possible.

En élevage biologique, l’écornage des animaux adultes est interdit comme pratique d’élevage, les écornages lors d’urgences vétérinaires restant possibles. L’écornage des jeunes peut être autorisé exceptionnellement sur demande justifiée de l’éleveur.

Quelles techniques chez les jeunes ruminants ?

Si l’écornage des jeunes animaux est donc préférable à différents titres, il doit tenir compte de l’anatomie et du développement de la corne, afin d’être le moins traumatique possible.

A la naissance, les veaux et les chevreaux présentent un bourgeon cornual, appelé cornillon. C’est à partir de ce bourgeon et de sa membrane kératogène que va se constituer la corne, qui va ensuite pousser tout au long de la vie de l’animal, et particulièrement au cours de ses premiers mois. D’origine dermique, ce bourgeon est flottant et à peine visible sous la peau à la naissance, et n’est pas encore rattaché à l’os du crâne (voir figure ci-dessous). 

Au fil des jours, ce bourgeon se soude à l’os du crâne de l’animal. Ce développement est plus ou moins rapide selon les animaux et les races, mais il se fait généralement au cours des 2 premiers mois de vie pour les veaux et après le premier mois de vie pour les chevreaux. Il entraîne une mise en communication de la corne avec le sinus frontal. La corne et sa région sont alors fortement irriguées grâce à l’artère cornuale et drainées par la ou les (chez les chevreaux) veines cornuales, ce qui permet la pousse.

En conséquence, avant que le bourgeon ne se soude à l’os du crâne, il peut être « désactivé » de façon plus simple, moins risquée en termes d’hémorragie et d’infection, et moins douloureuse, puisque moins vascularisé et moins innervé que la corne à laquelle il va donner naissance. 

Pour cela, il faut intervenir précocement, à l’âge de quelques jours chez les chevreaux et de quelques semaines chez les veaux.


Deux techniques peuvent être utilisées au choix :

• la brûlure chimique du cornillon à l’aide d’un crayon ou d’un gel de soude caustique (photo 1) : attention à la dangerosité du produit pour les parties non protégées de l’animal, sur lesquelles  pourrait couler le produit, et pour la mère en cas de frottement du jeune,

• la cautérisation thermique du pourtour du bourgeon, avec un écorneur électrique (filaire ou sur batterie) ou à gaz : l’objectif est ici de couper l’irrigation du bourgeon pour stopper le développement de la corne ; on parle d’ébourgeonnage.


En pratique

En résumé, la technique qui paraît la plus aisée, en particulier en termes de contention, la plus efficace, et respectant au mieux le bien-être animal, est la cautérisation des vaisseaux sanguins chez le jeune animal. 


Pour ce faire, il faut respecter plusieurs règles :

• Intervenir précocement, avant l’âge de 15 jours chez le veau et de 7 jours chez le chevreau,

• Assurer une contention la plus efficace possible de l’animal, tant pour la réussite de l’écornage que pour la sécurité de l’intervenant et de l’animal (cornadis ou cage pour les veaux, boîte ou support pour les chevreaux – photo 2), et permettant également à l’opérateur de disposer de ses deux mains libres pour l’écornage,

• Tondre les poils sur et autour du bourgeon corné afin de :

- visualiser correctement celui-ci,

- appliquer l’écorneur directement sur la peau sans l’obstacle des poils,

- ne pas accumuler de poils dans la plaie, source d’infection ultérieure,

- limiter l’encrassement de l’écorneur et donc garder son efficacité maximale au fil des écornages,

• Choisir un écorneur dont la température de chauffe est rapide jusqu’au moins 650 à 700°C, et constante durant les quelques secondes de l’écornage (ces caractéristiques limitent la douleur ressentie, constat objectivé par des essais),

• Utiliser un diamètre d’embout d’écorneur adapté à l’espèce animale sur laquelle on intervient,

• Respecter les règles d’utilisation de l’écorneur, sans jamais chercher à « enfoncer la tête de chauffe dans le crâne de l’animal » ; l’objectif est la cautérisation des vaisseaux, pas l’écrasement de l’os du crâne…

• Bien vérifier le sillon de cautérisation autour du cornillon : il doit constituer un cercle blanc continu autour du bourgeon, la peau y étant bien détachée (photo 3),

• Ne pas faire « sauter » le cornillon, ce qui entraînerait une augmentation de la taille de la plaie inutile ; il tombera de lui-même après quelques jours,

• Utiliser un désinfectant sur le sillon de cautérisation : outre l’antisepsie de la plaie, il assure le refroidissement de celle-ci, évitant ainsi l’extension superficielle de la brûlure (photo 4) et limitant la douleur.

Prise en charge de la douleur

La zone du cornillon et de la corne est richement innervée. Intervenir sur cette zone provoque donc une douleur, quel que soit l’âge de l’animal. Cette douleur, à composante à la fois sensorielle (lésions) et émotionnelle (anxiété), est plus spécifiquement due :

- au stress ressenti par l’animal du fait des manipulations et de la contention,

- à la brûlure des tissus causée par l’écornage, quelle que soit la technique ou le matériel utilisés,

- à l’inflammation des tissus cautérisés.

Comme indiqué précédemment, l’intervention au plus jeune âge et le refroidissement de la plaie sont deux méthodes pour atténuer cette douleur. En dehors de ces pratiques, et particulièrement en cas d’écornage réalisé sur des animaux plus âgés ou adultes, il convient de prendre en charge cette douleur en luttant contre ses 3 composantes par l’utilisation, sur prescription vétérinaire :

- de sédatif pour lutter contre le stress,

- d’anesthésique pour limiter la sensation de douleur liée à la lésion des tissus,

- d’anti-inflammatoire pour lutter contre l’inflammation post-écornage.


Quelques astuces pour simplifier l’écornage et améliorer à la fois son efficacité et le bien-être animal :

• Tirer l’oreille de l’animal vers l’arrière au moment de l’écornage, afin d’éloigner l’artère cornuale de la zone de cautérisation et limiter les risques d’hémorragie,

• Poser la tête de l’écorneur perpendiculairement au crâne et effectuer une rotation de 45° dans les deux sens afin d’obtenir du premier coup un anneau de cautérisation uniforme,

• Placer le spray désinfectant au réfrigérateur avant l’intervention, afin d’augmenter son effet refroidissant.

Il convient de surveiller les animaux dans les heures et les jours qui suivent l’intervention afin de déceler tout signe de douleur ou de complication, qu’il convient de gérer avec son vétérinaire. 


Article réalisé grâce à l’aide bibliographique d’EXPRESS FARMING.