Lutte biologique contre les mouches

Les mouches sont responsables chaque année de nuisances pour les éleveurs, les animaux ou même le voisinage. Ainsi, elles sont responsables de la dégradation de la production des animaux, de l’hygiène des bâtiments, et sont également sources de stress et vecteurs de pathogènes.

Lutte biologique contre les mouches

Rien que pour les élevages bovins, l’ensemble des nuisances liées aux Stomoxis calcitrans et aux Haematobia (2 espèces de mouches hématophages) sont responsables de la perte de près de 400 millions d’euros par an en France métropolitaine (1).


Pour lutter contre la présence de ces insectes dans les bâtiments d’élevage, les insecticides chimiques adulticides peuvent être utilisés, sous forme de pulvérisation ou de badigeon sur les surfaces ou des supports, ou de granulés attractifs. Ils doivent systématiquement être associés à des larvicides, utilisés sur la litière, afin de neutraliser les larves qui y sont pondues par les mouches adultes, et qui représentent 70 % de la génération suivante dans le bâtiment. Néanmoins, l’utilisation régulière et à long terme des ces insecticides peut conduire à certains risques :

- pour la santé des éleveurs et des utilisateurs : il convient d’ailleurs de prévenir ces risques par le respect scrupuleux des conditions et consignes d’utilisation notées sur chaque emballage, y compris l’usage de tous les équipements de protection individuelle nécessaires (combinaison, bottes, gants, masque respiratoire et lunettes),

- pour l‘environnement, avec le risque d’atteinte d’espèces non-cibles et celui conséquent et avéré de diminution des populations d’insectes dans la nature,

- pour l’efficacité même de ces solutions, en liaison avec des résistances développées par les insectes cibles vis-à-vis des molécules utilisées trop régulièrement.

La lutte biologique offre une alternative à ces insecticides chimiques. Elle trouve son inspiration dans la nature et emploi des insectes auxiliaires prédateurs des mouches.

Une protection biologique intégrée fait intervenir plusieurs auxiliaires permettant de s’attaquer à tous les stades de la mouche et obtenir ainsi des résultats optimaux. En effet, s’attaquer seulement aux adultes ne permet pas de gérer efficacement l’invasion. Rappelons qu’une mouche domestique est capable de pondre 1 000 œufs et réalise son cycle en très peu de temps, lorsque les meilleures conditions de température et d’humidité sont réunies. 

Il est donc aussi nécessaire de s’attaquer aux autres stades du cycle de vie d’une mouche : les œufs, les larves et les pupes (2).

Les clés d’une gestion efficace des mouches par l’utilisation de la lutte biologique sont les suivantes :

1. Un démarrage précoce 

Pour une gestion efficace des mouches, il ne faut pas attendre d’être envahi pour implanter des auxiliaires dans un élevage. Il est idéal de commencer les premiers lâchers en début de printemps, en mars ou avril. Certains élevages présentent des conditions suffisantes pour le développement des mouches toute l’année, on peut alors opter pour un démarrage après nettoyage de la zone à traiter. 

2. Dosage à respecter et lâchers réguliers 

Il est important de respecter la quantité préconisée d’auxiliaires, suivant les surfaces des zones à traiter et le nombre d’animaux présent sur ces zones. Plusieurs lâchers d’auxiliaires sont à prévoir pour une gestion efficace des mouches. Pour ce faire, il est possible de se rapprocher des équipes de l’Alliance Pastorale pour obtenir les dosages et rythmes adaptés ou de réaliser un protocole en ligne sur la page protocole du site www.bestico.fr

3. Utilisation de plusieurs espèces d’auxiliaires et système de piégeage

En utilisant différents auxiliaires et systèmes de piégeage, on maximise les chances de lutter efficacement contre les mouches. Les solutions vont se compléter en s’attaquant à des stades différents du cycle de la mouches : œuf, larve, pupe, adulte et en s’adaptant à des milieux ou des conditions de vie différents (températures, substrats…).


Ainsi, parmi les différents auxiliaires proposés pour cette lutte biologique, on retrouve les solutions suivantes.

Biomite

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Biomite est un acarien, prédateur parasitoïde des œufs et des larves de mouches et de moucherons. Une implantation en début de saison est nécessaire. Quelques implantations supplémentaires, notamment lors d’épisodes de prolifération importante de mouches (forte chaleur et forte humidité) peuvent être intéressantes pour une gestion optimale. 


Le paraitoïde doit être épandu dans les zones où sont retrouvés les œufs et les larves de mouches, à raison d’une boîte de 50 000 acariens pour 250 m² de surface :

-  Sur litière sèche : aux abords des murs, sous les mangeoires, abreuvoirs, barrières.

- Sur litière humide : en surface des fosses, sous les caillebotis.

- Sur les zones d’accumulation de matières organiques (fumières) : de manière homogène sur la zone.


Biomite ne s’emploie jamais seul. Il doit être associé systématiquement aux mini-guêpes, Biowasp et Biopar.


Biowasp  et Biopar

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Biowasp et Biopar sont deux espèces de mini-guêpes parasitoïdes des pupes de mouches. Elles parasitent les pupes en pondant leurs propres œufs dans ces dernières, et en les détruisant. Inoffensives pour l’Homme et les animaux, une fois leur développement terminé au sein de la pupe, elles vont émerger et aller parasiter à nouveau les pupes présentes à proximité dans la litière de l’élevage. Ce parasitisme neutralise ainsi le développement des mouches.


Déjà utilisé depuis de nombreuses années en élevage, Biowasp peut être aujourd’hui efficacement complété par l’utilisation de la nouveauté Biopar. Leur association permet en effet d’améliorer les résultats, avec des espèces qui se complètent en prospectant les pupes dans des zones différentes et en ayant une activité maximale à des températures différentes.

Il convient d’alterner les 2 produits d’un lâcher à l’autre avec une fréquence minimale de 4 semaines entre chaque lâcher, du début de printemps jusqu’à la fin d’été. Ce sont deux espèces qui conviennent pour tous les types d’élevage avec litière. On épand le contenu de manière homogène, sur les zones non piétinées de la litière, propices à la prolifération des mouches : le long des murs, sous les mangeoires, les auges et les râteliers, sous les barrières, près des abreuvoirs et sur les fumières. C’est lors du premier lâcher de mini-guêpes que l’on réalise aussi celui de Biomite.

 

Dans la lutte biologique intégrée, on complète l’action essentielle des auxiliaires sur les formes immatures de mouches par le piégeage des mouches adultes. Fil ou ruban englués en intérieur sont complétés par des seaux de piégeage à l’extérieur, tout autour du bâtiment et particulièrement de ses entrées (portes, fenêtres). Pour être efficaces, ces seaux remplis d’appâts attractifs, doivent être positionnés à environ 1 à 1,5 m de haut, à la hauteur du vol des mouches. 


Sources :
    (1) Blanc-Debrune N. 2019. « Impact Economique des Principales Espèces de Diptères sur l’Elevage Bovin Français et Méthodes de Luttes Associées ». Vet Thesis. Université Claude-Bernard-Lyon. pp.140.
    (2) González M.A., Duvallet G., Morel D., De Blas I., Barrio E., Ruiz-Arrondo I. 2024. « An integrated Pest Management Strategy Approach for the Management of the Stable Fly Stomoxys calcitrans (Diptera: Muscidae)”. Insects 2024, 15.


Article réalisé grâce à l’aide de la société BESTICO