Plus de prairies et plus de revenu

Le GIEE Los bòns prats (les bons prés, en occitan) accueillait, sur l’une de ses fermes, le 10 décembre dernier, des éleveurs, des animateurs de réseau et d’autres acteurs impliqués dans le programme Maxim’Herbe de la DRAAF AuRA.

Plus de prairies  et plus de revenu

Par ce temps froid, avec la neige proche et traversée par plusieurs des participants, l’accueil est chaleureux sur le GAEC de Clapou, à Saint-Germain-Laprade (Haute-Loire), qui élève des vaches Limousines en agriculture biologique, où les trois associés, les parents et leur fils installé avec eux depuis 4 ans, accueillent le groupe. 

La ferme, morcelée, s’étend sur 200 ha (sols granitiques), répartis entre 115 propriétaires et 90 îlots. 40 ha ont été acquis à l’installation du fils, ce qui a permis de regrouper un peu les parcelles et de favoriser le pâturage. La ferme affiche une autonomie alimentaire de 99 %, seuls des minéraux sont encore achetés pour les bovins. 

Les vêlages ont lieu principalement au printemps (70 %) et les autres à l’automne. Les veaux mâles sont vendus en broutards et les femelles sont élevées, la moitié servant au renouvellement et l’autre moitié des génisses étant vendues à 12 mois. Les cultures représentent 25 ha dont une partie est transformée et vendue dans le magasin situé sur la ferme (farine de céréales et de sarrasin, lentilles, huile de colza), avec 10 à 12 % de la viande produite. 

Le GIEE Los bòns prats, constitué de 12 fermes, dont 5 en agriculture biologique, incluant le GAEC de Clapou, a été créé autour de la thématique de l’autonomie fourragère et des prairies à flore variée, avec l’utilisation de l’outil Capflor, outil à développement collaboratif et porté par l’INRAE de Toulouse. Capflor permet de concevoir des mélanges prairiaux à flore variée (au moins trois espèces botaniques et plus de 12 espèces différentes) adaptés aux conditions pédoclimatiques de chaque parcelle et aux objectifs de l’éleveur (en différenciant par exemple les prairies de fauche, de pâturage et les prairies mixtes). 

Faciliter l’implantation de prairies à flore variée grâce à l’effet de groupe

Une fois que chaque éleveur sait ce qu’il veut implanter, une commande de semences est gérée collectivement et réalisée par l’animateur du GIEE, Quentin Pignol, 6 mois à un an à l’avance. L’un de ses secrets pour des systèmes résilients et prêts à s’adapter aux conditions métérologiques fluctuantes est en effet l’anticipation. 8 500 kg de graines environ sont commandés chaque année, pour un montant d’environ 70 000 à 85 000 €, ce qui permet de négocier les prix avec les différents fournisseurs (le nombre d’espèces utilisées est important). C’est aussi une occasion supplémentaire de se retrouver, en plus des formations et des réunions d’échange par le GIEE. Le semis se fait ensuite avec les outils et selon les choix des fermes (en ligne ou à la volée). Le matériel utilisé est très varié, et correspond à des coûts très variable (de 500 € pour un matériel auto-construit sur l’une des fermes à 80 000 € sur une autre). L’animateur n’a pas vu de différences de résultat entre les différents matériels utilisés. Avec les années sèches, ce sont les semis de printemps, sous couvert de céréales parfois mais encore plus sur sol nu, qui réussissent le mieux, mais à condition de ne pas les semer trop tôt car les légumineuses prairiales sont sensibles au gel avant le stade 8 feuilles.

Des impacts positifs des changements de pratiques sur les résultats économiques 

Aujourd’hui, le GIEE Los bòns prats comptabilise plus de 600 ha implantés en prairies à flore variée, mais il contribue à la gestion d’un total de 1243 ha en comptant le travail avec d’autres groupes. En 2023, année de sécheresse, 100 % des fermes du GIEE étaient en autonomie fourragère, les prairies à flore variée étant plus résilientes en cas de sécheresse. Les années plus humides, comme 2024, les fermes sont excédentaires en fourrage. Globalement, les fermes du GIEE ont augmenté leur part de prairies à flore variée, le taux de pâturage et la qualité du fourrage. Cela a conduit à diminuer la quantité de concentré et à augmenter le revenu. Certains agriculteurs ont investi, reflet d’une confiance accrue en l’avenir et dans leur système. Entre 2017 et 2023, l’étude des comptabilités a montré que le revenu des fermes du GIEE a augmenté de 40 000 €/an/exploitation, du fait de l’évolution des pratiques et non pas de la conjoncture. Le revenu par UMO est passé de 19 000 € en 2017 à 36 600 € en 2023. 

Au final, les systèmes pâturants se révèlent plus complexes à gérer techniquement, mais pas ou peu soumis aux fluctuations économiques. Comme en témoigne Henri, éleveur laitier du nord du département : « Ça ne se passe pas trop mal. Ces prairies, c’est de la qualité, les vaches patissent moins et se remettent mieux en sortie d’hiver ». Quentin Pignol rajoute que « l’aspect collectif est très important pour le changement, et c’est plus facile entre plusieurs voisins ».



Maxim’Herbe :  sept collectifs d’éleveurs soucieux de la valorisation de l’herbe
En 2022, la DRAAF AuRA (Auvergne-Rhône-Alpes) lançait un appel à projet sur le territoire du Massif central. L’objectif : mettre en lumière des initiatives d’éleveurs bovins acteurs de la transition agricole vers des systèmes d’élevage herbager adaptés aux années 2030. Sept collectifs d’éleveurs lauréats de cet AAP, dont le groupe du GIEE Los bòns prats, mettent ainsi en œuvre des démarches de valorisation de la première spécificité du massif, « l’herbe », tout en tachant de répondre de façon satisfaisante aux attentes du marché et en consolidant le revenu des éleveurs. En 2025, dernière année de conduite de ces projets, d’autres rencontres inter-collectifs et des actions de valorisation sont prévues.